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Les échéances de 2036 et 2068, écartées

Une fois l'impact de 2029 exclu, deux échéances plus lointaines ont retenu l'attention : 2036, puis 2068. Toutes deux ont été écartées. Comprendre pourquoi suppose d'expliquer ce qu'est un trou de serrure gravitationnel.

2029
Exclu en déc. 2004
2036
Écarté
2068
Écarté en mars 2021

Pourquoi une exclusion ne suffit pas

Quand l'impact de 2029 a été écarté, fin décembre 2004, le dossier n'était pas clos pour autant.

La raison tient à ce que fait le passage de 2029 lui-même. En frôlant la Terre à quelques dizaines de milliers de kilomètres, Apophis subira une déviation gravitationnelle importante : sa trajectoire après le survol ne sera pas celle qui le précède. Il fallait donc vérifier si cette nouvelle trajectoire pouvait, à son tour, croiser la Terre lors d'un passage ultérieur.

Ce travail se fait de proche en proche, échéance par échéance. Les dates de 2036 puis de 2068 sont apparues dans ce cadre.

Le trou de serrure gravitationnel

C'est le concept qui permet de comprendre le reste.

La déviation subie en 2029 dépendra très précisément de l'endroit par lequel Apophis passera. Quelques centaines de mètres d'écart sur ce point de passage suffisent à modifier sensiblement la trajectoire de sortie.

Il existe donc, dans le plan du passage de 2029, de petites régions telles que si l'astéroïde les traversait, il serait dévié exactement de la façon qui l'amènerait à rencontrer la Terre lors d'un passage ultérieur. Ces régions sont appelées trous de serrure gravitationnels. Elles mesurent souvent quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, ce qui est minuscule au regard de la zone d'incertitude initiale.

La question posée pour 2036 puis pour 2068 n'a donc jamais été « Apophis va-t-il percuter la Terre à cette date », mais « Apophis peut-il passer par le trou de serrure qui y conduirait ». Chaque affinement de l'orbite a réduit la zone d'incertitude du passage de 2029, jusqu'à ce qu'elle ne contienne plus ces régions.

2036

L'échéance de 2036 a été écartée à mesure que les observations, notamment radar, contraignaient la géométrie du passage de 2029.

La fiche du Center for Near-Earth Object Studies indique que la rencontre de 2036 est nominalement prévue à une distance considérable, de l'ordre de 0,388 unité astronomique, soit environ cent cinquante fois la distance Terre-Lune. Cette valeur provient d'une page ancienne du site et mériterait d'être recalculée sur la solution orbitale actuelle, mais l'ordre de grandeur suffit à situer l'affaire : il ne s'agit même pas d'un passage rapproché.

2068

L'échéance de 2068 a été la dernière à subsister, et elle a résisté plus longtemps que les autres, précisément parce qu'elle dépendait d'effets à long terme difficiles à contraindre.

Elle a été retirée le 25 mars 2021, dans les termes les plus directs du communiqué du Jet Propulsion Laboratory :

A 2068 impact is not in the realm of possibility anymore.

Le détail de cette conclusion et de la campagne radar qui l'a permise figure sur la page consacrée à l'exclusion sur cent ans.

Ce que cette succession dit du processus

Vue de loin, la série peut donner l'impression d'un problème qui se déplace : 2029, puis 2036, puis 2068. C'est une lecture trompeuse.

Chaque exclusion portait sur une date précise, et chacune a tenu. Aucune n'a jamais été remise en cause. Le même enchaînement se rejoue aujourd'hui sur d'autres objets sous surveillance. Ce qui s'est déplacé, ce n'est pas le risque, c'est la frontière de ce qui restait à vérifier. En 2021, cette frontière a été repoussée d'un siècle d'un seul coup.

Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande le plus

Qu'est-ce qu'un trou de serrure gravitationnel ?

Une petite région de l'espace que l'astéroïde devrait traverser lors d'un passage rapproché pour que sa trajectoire soit déviée exactement de la façon qui l'amènerait à percuter la Terre lors d'un passage ultérieur. Ces régions mesurent souvent quelques centaines de mètres à quelques kilomètres.

Pourquoi les échéances se sont-elles succédé ?

Parce que chaque exclusion ne portait que sur une date. Une fois 2029 écarté, il restait à vérifier si le passage de 2029 pouvait placer Apophis sur une trajectoire menant à un impact ultérieur. C'est un travail de proche en proche, pas une série de reculades.

Sources primaires

  1. 01NASA JPL, Earth Is Safe From Asteroid Apophis for 100-Plus Years, 25 mars 2021
  2. 02NASA CNEOS, 99942 Apophis (2004 MN4)

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