Ce que le survol va faire à Apophis
Le survol n'est pas seulement une observation, c'est une expérience. La gravité terrestre va étirer et comprimer Apophis, modifier sa rotation, et peut-être remanier sa surface.
Le mécanisme : la marée
Un corps étendu qui s'approche d'une masse importante ne subit pas une attraction uniforme.
La face d'Apophis tournée vers la Terre sera attirée plus fortement que la face opposée, simplement parce qu'elle en est plus proche. Cette différence d'attraction entre les deux extrémités de l'objet produit une contrainte qui tend à l'étirer dans la direction de la Terre et à le comprimer perpendiculairement.
C'est exactement le mécanisme qui produit les marées océaniques sur Terre, d'où son nom. L'ESA le décrit ainsi :
During the approach, Apophis will be affected by Earth's mighty gravity. The side of the asteroid nearest Earth will be pulled towards our planet more strongly than the side farther away, resulting in tidal forces that will stretch and squeeze it, perhaps triggering quakes and landslides, and change the way it rotates.
Ce qui est annoncé, et ce qui est envisagé
La formulation de la source mérite d'être lue avec attention, parce qu'elle n'accorde pas le même degré de certitude à tous les effets.
Annoncés fermement : la déformation par étirement et compression, et la modification de la rotation.
Envisagés au conditionnel : les séismes et les glissements de terrain. La source écrit perhaps triggering, et ce site ne durcit pas cette formulation.
Cette nuance n'est pas un détail de style. L'ampleur des mouvements de surface dépend directement de la cohésion du matériau, qui est précisément l'inconnue.
Pourquoi la rotation compte
Apophis est en rotation complexe : il ne tourne pas autour d'un axe fixe, il bascule. Cet état est décrit sur la page consacrée à sa rotation.
Une modification de cet état par les forces de marée aurait une conséquence qui dépasse le sujet immédiat. La rotation gouverne la façon dont l'objet présente ses faces au Soleil, donc l'amplitude de l'effet Yarkovsky, la poussée thermique qui déplace lentement son orbite sur le long terme.
Autrement dit, le survol pourrait modifier le paramètre dont dépendent les prédictions de trajectoire à très long terme. C'est une des raisons pour lesquelles l'exclusion de risque publiée par la NASA est bornée à un siècle.
Ce que l'on cherche vraiment à savoir
Tous ces effets convergent vers une seule question : Apophis est-il un bloc rocheux cohérent, ou un agrégat de débris faiblement liés ?
Un monolithe et un tas de gravats ne se déforment pas de la même façon sous une même contrainte, ne remanient pas leur surface de la même façon, et ne réagiraient pas de la même façon à une tentative de déviation. La question est posée sur la page consacrée à la composition, et elle reste sans réponse.
Le survol de 2029 est le seul moyen d'y répondre sans avoir à poser un instrument sur l'objet : la Terre applique la contrainte, il suffit d'observer la réponse.
Comment on mesurera
En comparant l'avant et l'après, ce qui explique tout le calendrier des missions.
Ramses arrive en février 2029, deux mois avant le survol, pour relever la forme, la surface, l'orbite, la rotation et l'orientation de l'astéroïde. OSIRIS-APEX arrive en juin 2029, un mois après, pour étudier l'état final en détail.
Sans le relevé initial de Ramses, les mesures d'OSIRIS-APEX seraient ininterprétables : on ne saurait pas ce qui a changé.
Questions fréquentes
Ce que l'on nous demande le plus
Apophis peut-il se briser lors du passage ?
Rien dans les sources ne l'envisage. Les effets attendus sont une déformation, une modification de rotation et d'éventuels mouvements de surface. Une rupture supposerait une contrainte bien supérieure et une cohésion bien plus faible que ce qui est envisagé.
Comment saura-t-on ce qui a changé ?
En comparant l'état avant et après. C'est toute la logique du calendrier des missions : Ramses arrive deux mois avant le survol pour relever l'état initial, OSIRIS-APEX un mois après pour étudier l'état final.
Sources primaires
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