Comment on détecte les astéroïdes géocroiseurs
On ne cherche pas un astéroïde, on cherche un point qui bouge. Les programmes de surveillance photographient le même champ de ciel plusieurs fois dans la nuit et comparent les images.
- Géocroiseurs connus
- 42 387
- Découverte d'Apophis
- 19 juin 2004
On cherche un point qui bouge
Un astéroïde n'a rien qui le distingue d'une étoile sur une image : c'est un point lumineux. Ce qui le trahit, c'est son déplacement.
Les programmes de surveillance photographient donc le même champ de ciel plusieurs fois au cours d'une nuit, à quelques dizaines de minutes d'intervalle, puis comparent les clichés. Les étoiles restent en place, les objets du Système solaire se décalent. Un logiciel repère ces décalages et signale les candidats.
Chaque nuit claire produit ainsi des milliers de détections, dont l'immense majorité correspond à des objets déjà catalogués.
Ce qui rend l'exercice difficile
Trois facteurs limitent ce qu'on peut voir.
La taille. Un objet de quelques dizaines de mètres est des milliers de fois moins lumineux qu'un objet kilométrique. Il faut donc qu'il passe très près pour être repéré, ce qui laisse peu de délai.
L'albédo. Un astéroïde sombre renvoie peu de lumière. À taille égale, il est détecté beaucoup plus tard qu'un objet clair. C'est aussi ce qui rend la mesure de sa taille incertaine, comme l'explique la page consacrée à la taille d'Apophis.
La direction du Soleil. Un objet qui arrive depuis la direction du Soleil est pratiquement invisible depuis le sol : l'éclat solaire noie tout. C'est l'angle mort structurel de la surveillance terrestre, et c'est exactement ce qui s'est produit à Tcheliabinsk en 2013, où l'objet n'a été détecté qu'en entrant dans l'atmosphère.
Le cas d'Apophis
Apophis a été découvert le 19 juin 2004 depuis l'observatoire de Kitt Peak, puis perdu de vue pendant près de six mois avant d'être retrouvé en décembre.
Cette interruption illustre bien la contrainte : un objet n'est observable que dans des configurations géométriques favorables. Le reste du temps, il est trop proche de la direction du Soleil ou trop peu lumineux, et il redevient inaccessible.
C'est cette interruption, et l'arc d'observation court qui en a résulté, qui a produit l'incertitude de décembre 2004. Le récit complet figure sur la page consacrée à la découverte.
Le rôle des archives
Un point contre-intuitif mérite d'être souligné : une part importante du travail consiste à retrouver des observations déjà faites.
Quand un objet est découvert, on sait rétrospectivement où il se trouvait les mois et les années précédentes. On peut alors fouiller les archives d'images des grands relevés à la recherche du point correspondant, qui y figure sans avoir été identifié. Ces observations dites de pré-découverte allongent l'arc d'observation d'un seul coup, sans attendre.
C'est exactement ce qui a refermé le dossier Apophis le 27 décembre 2004, comme le détaille la page sur le calcul d'une orbite.
Le relais international
La détection n'a de valeur que si l'information circule vite. Un objet repéré une nuit et jamais réobservé est perdu.
C'est la fonction du réseau international décrit sur la page consacrée à la défense planétaire : centraliser les observations, les valider, et permettre à d'autres observatoires de prendre le relais avant que l'objet ne redevienne inobservable.
En 2029, la situation sera inverse : Apophis sera si proche qu'il deviendra observable sans le moindre instrument.
Questions fréquentes
Ce que l'on nous demande le plus
Peut-on rater un astéroïde qui arrive ?
Oui, et cela se produit régulièrement pour les petits objets. Un corps arrivant dans la direction du Soleil est particulièrement difficile à voir depuis le sol, l'éclat solaire noyant tout. C'est le cas de l'objet de Tcheliabinsk en 2013, détecté seulement à son entrée dans l'atmosphère.
Un amateur peut-il découvrir un astéroïde ?
La découverte initiale est aujourd'hui largement l'affaire de programmes automatisés. En revanche, les observations de suivi, qui allongent l'arc d'observation et affinent les orbites, restent un domaine où les observateurs équipés apportent une contribution réelle et reconnue.
Sources primaires
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