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Comment on calcule l'orbite d'un astéroïde

Calculer l'orbite d'un astéroïde ne consiste pas à mesurer sa position, mais à ajuster une trajectoire sur une série d'observations étalées dans le temps. Comprendre cela, c'est comprendre toute l'histoire d'Apophis.

Ce qu'on mesure vraiment

Quand un télescope observe un astéroïde, il n'enregistre pas une position dans l'espace. Il enregistre une direction : deux angles qui disent où se trouve l'objet sur la voûte céleste, à un instant daté. Rien sur la distance.

Une seule observation ne détermine donc aucune orbite. Elle est compatible avec une infinité de trajectoires, allant d'un caillou proche et lent à un corps lointain et rapide.

C'est en accumulant des observations à des dates différentes que l'on contraint le problème. Les lois de la gravitation imposent une forme de trajectoire, et l'on cherche celle qui rend le mieux compte de l'ensemble des directions mesurées.

L'arc d'observation

La durée séparant la première et la dernière observation s'appelle l'arc d'observation. C'est la grandeur qui gouverne tout.

Sur un arc de quelques nuits, la famille des trajectoires compatibles reste large. Sur un arc de plusieurs mois, elle se resserre nettement. Sur un arc de plusieurs années, elle devient étroite au point que la position future se prédit à quelques kilomètres près.

Ce n'est pas une question de nombre d'observations mais de levier temporel. Mille mesures faites la même nuit valent moins que trois mesures étalées sur un an.

La zone d'incertitude, et le corridor de risque

Puisqu'il subsiste une famille de trajectoires possibles, la position future d'un astéroïde n'est pas un point mais une région. Cette région s'allonge à mesure que l'on projette loin dans le futur.

Si, à une date donnée, cette région intersecte la Terre, alors certaines des trajectoires compatibles conduisent à un impact. La probabilité d'impact n'est rien d'autre que la proportion de ces trajectoires.

Il faut en tirer la conséquence, qui est le point central de tout ce site : une probabilité d'impact ne mesure pas un danger, elle mesure une ignorance. Quand elle diminue, la trajectoire de l'objet n'a pas changé. C'est la région d'incertitude qui a rétréci. C'est le point que la plupart des affirmations fausses sur Apophis échouent à saisir.

Le cas d'Apophis, en trois jours

L'épisode de décembre 2004 est le meilleur exemple pédagogique disponible.

L'arc d'observation était court. La région d'incertitude pour avril 2029 contenait la Terre, et la proportion de trajectoires impactantes atteignait environ 1,6 %, ce qui a valu à l'objet le niveau 4 sur l'échelle de Turin.

Trois jours plus tard, la question était close. Non pas grâce à de nouvelles observations, mais grâce à d'anciennes : des images de pré-découverte du 15 mars 2004 retrouvées dans les archives de l'observatoire Spacewatch. Le Center for Near-Earth Object Studies décrit ainsi leur effet :

These observations extended the observed time interval for this asteroid by three months allowing an improvement in its orbit so that an Earth impact on 13 April 2029 can now be ruled out.

Trois mois d'arc supplémentaires. La région d'incertitude a rétréci au point de ne plus contenir la Terre. La chronologie complète figure sur la page consacrée à l'historique des probabilités.

Le radar change d'échelle

L'observation optique donne des directions. Le radar donne autre chose.

En envoyant un signal vers l'objet et en mesurant son écho, on obtient directement la distance, par le temps de trajet, et la vitesse radiale, par le décalage en fréquence. Ce sont deux grandeurs que l'optique ne fournit pas, et elles contraignent l'orbite avec une force sans commune mesure.

C'est ce qu'a permis la campagne de mars 2021 sur Apophis. Le résultat est mesurable : le demi-grand axe de son orbite est aujourd'hui connu à environ 1,6 × 10⁻⁹ unité astronomique près, et l'heure de son passage au plus près en 2029 est prédite à moins d'une minute.

C'est cette précision, et elle seule, qui autorise d'écarter tout impact pour au moins un siècle.

Ce que le calcul ne couvre pas

La gravitation n'est pas la seule force en jeu, et c'est ce qui borne l'exercice dans le temps.

Le rayonnement thermique réémis par la surface d'un astéroïde exerce une poussée minuscule mais continue, qui déplace lentement son orbite. C'est l'effet Yarkovsky. Sur un siècle, son incertitude reste maîtrisable. Au-delà, elle domine, et l'extrapolation cesse d'avoir la valeur d'une mesure.

Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande le plus

Pourquoi une probabilité d'impact peut-elle augmenter puis diminuer ?

Parce qu'elle mesure la proportion des trajectoires compatibles avec les observations qui rencontrent la Terre. Quand de nouvelles observations resserrent l'ensemble des trajectoires possibles, cette proportion peut d'abord augmenter, si la Terre reste dans la zone réduite, avant de tomber à zéro quand elle en sort.

Pourquoi le radar est-il tellement plus précis que le télescope ?

Un télescope mesure une direction, pas une distance : il indique où se trouve l'objet sur la voûte céleste. Un radar mesure directement la distance, par le temps de trajet du signal, et la vitesse radiale, par son décalage en fréquence. Ce sont deux grandeurs que l'optique ne fournit pas.

Sources primaires

  1. 01NASA CNEOS, Possibility of an Earth Impact in 2029 Ruled Out, 27 décembre 2004
  2. 02NASA JPL, Earth Is Safe From Asteroid Apophis for 100-Plus Years, 25 mars 2021
  3. 03JPL Small-Body Database, 99942 Apophis

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